César,
Un prénom d’empereur, porté par un homme qui n’avait pas de couronne, mais une présence qui faisait taire le bruit du monde, dont l’unique gloire, mais pas des moindre fut de prendre soin de sa famille.
Né de parents originaires de Lombardie, il portait en lui la terre de ses parents. Il avait hérité d’eux bien plus qu’un nom : le sens des responsabilités, le goût de l’effort et cet amour indéfectible des siens comme une racine profonde. Il possédait la force tranquille de ceux qui avancent sans bruit.
Il a aimé une seule femme dans sa vie, ma grand-mère.
Quand elle est partie, à seulement 56 ans, c’est un morceau de lui qui s’est éteint avec elle.
Il est resté digne et silencieux, habité par une absence qui ne l’a jamais quitté.
De ce grand amour j’ai hérité le prénom et avec lui, toute l’affection qu’il n’a pu lui prodiguer assez longtemps.
Il était le Sud.
La lumière de la Méditerranée semblait glisser sur sa peau hâlée, et dans ses yeux gris passaient des reflets d’horizon.
Sur les vieilles photos, que j’aimais regarder avec lui il avait l’allure de ces acteurs italiens d’un autre temps, élégant sans effort, comme né avec la grâce.
Avec lui, tout était simple.
Je me revois, enfant, assise à côté de lui dans le jardin, à l’ombre des arbres, pendant qu’il lisait son journal. Son souffle régulier me rassurait.
Il apaisait mes peurs sans rien dire. Il était mon chêne.
Solide, indéracinable.
Celui qui me protégeait de tout.
Il m’a aussi transmis des moments précieux.
La mer, d’abord.
Avec lui, et avec mon père, j’ai découvert la pêche à la palangrotte, les lignes à main, enroulées sur des plioirs en liège, que j’emmêlais inlassablement…et qu’il démêlait, avec une patience infinie.
C’était la pêche à la soupe, celle qui annonçait la bouillabaisse, une véritable institution dans notre famille.
Des moments simples, où se mêlaient les gestes, les odeurs, et les rires, mais remplis de vie et de partage.
Et puis il y avait l’été.
Les fins de journée, la lumière dorée… et les parties de pétanque...
Des parties parfois épiques, dignes des histoires de Pagnol, où famille et amis se retrouvaient,
où l’on riait, et où l’on discutait longuement pour savoir à qui revenaient les points.
C’était un rituel incontournable.
Mais je garde aussi en mémoire, ces moments plus calmes, plus intimes : nos parties à tous les deux, après l’école, sous le regard attentif de ma grand-mère maternelle, notre plus fidèle supportrice.
Il avait ses habitudes, comme des repères doux dans le fil des jours.
Le samedi, le kouglof de la boulangerie alsacienne, petit voyage inattendu entre deux régions,
qui faisait briller quelque chose dans son regard.
Cela l’enchantait, que des Alsaciens se soient installés dans le sud de la France.
Peut-être un souvenir ancien, celui de sa mère courage, qui s’était engagée comme cantinière sur le front de l’Est pendant la guerre 14-18, avant que la vie ne les ramène, après le tumulte et l’horreur vers le Sud et sa lumière.
Et puis le dimanche, avec ses petits gâteaux aux pignons de pin…que j’aimais tant.
César aimait la vie.
Il était curieux de tout, attentif aux autres, et trouvait de la valeur dans les choses simples. Aujourd’hui, il n’est plus là.
Mais il est demeure autrement
Dans mes souvenirs, dans mes gestes, dans cet amour qu’il m’a transmis, qu’il m’a laissé comme une boussole.
Je lui dois la plupart de mes plus beaux souvenirs d’enfance.
César n’était pas un empereur.
Il était bien mieux que cela.
Il était un abri,
une présence,
une force douce.
Et il restera à jamais au fond de ma mémoire…
unique,
irremplaçable.
